—Tu as tout oublié, même ce nom de Petite-Reine?
—Même ce nom, répéta Guite avec une sorte de fatigue qui semblait n'avoir plus, pour cause unique, l'émotion du moment.
—C'est singulier, murmura la duchesse, tu étais bien petite, mais on a dû te dire... cet homme... Monsieur le marquis de Rosenthal...
—Mon mari, crut devoir interrompre la modiste.
—Ton mari, prononça madame de Chaves, comme si ce mot eût blessé ses lèvres, tu es mariée! je ne peux pas m'habituer à cela, chérie!
—Et moi, s'écria mademoiselle Guite, heureuse de trouver quelque chose à dire, je ne peux pas m'habituer à vous appeler ma mère. Vous êtes si jeune et si belle, madame!
La duchesse sourit: elle ne pleurait plus. Son grand trouble semblait se calmer.
—Embrasse-moi, dit-elle, bien comme il faut, et apprends vite à m'aimer!
—Je vous aime déjà, madame, prononça Guite avec effort.
—Tu ne dis pas bien cela... je ne sais... tu es sans doute trop étonnée; tu ne sais pas encore ni ce que tu sens ni ce que tu penses. Oh! chère enfant! chère enfant! allons-nous être heureuses!