Médor ne craignait pas beaucoup la poussière. Il se coucha à son tour sur le carreau poudreux, de façon à placer sa tête tout contre celle de Justin, dont le front touchait la terre et disparaissait dans ses grands cheveux blancs.

Ils étaient posés ainsi comme deux voyageurs fatigués qui font halte, étendus tout de leur long sur la marge de la route.

—Je savais bien que ça vous ferait de l'effet, papa, reprit-il en donnant à sa voix des inflexions persuasives; moi, je suis comme vous, les jambes me flageolent parce que je sens bien qu'il va falloir donner un terrible coup de collier... et je ne sais pas si j'aurai la force.

Justin restait insensible et sourd. Médor approcha sa bouche tout auprès de son oreille et dit tout bas en détachant chacune de ses paroles:

—Si je suis seul, que voulez-vous que je fasse pour elle?

Justin eut un tressaillement faible qui parcourut tout son corps.

—Vous étiez un vaillant luron, un temps qui fut, reprit Médor. Si je n'avais qu'à marcher derrière vous, on pourrait encore venir à son aide.

Justin ramena son bras sous son front, et, ainsi soutenu, il répéta avec une fatigue profonde:

—À son aide?

Il ajouta presque aussitôt après: