Seulement, à défaut d'une mère, chaque jeune dévote du faubourg a sa duègne pour la conduire, tandis que mademoiselle Saphir n'avait personne.
Depuis un peu plus d'une semaine qu'elle venait ainsi tous les jours, accomplir ses devoirs religieux à Saint-Pierre-du-Gros-Caillou, les habitués de la paroisse la connaissaient déjà. On avait admiré la parfaite distinction de sa tenue, sa beauté incomparable et la convenance si digne de sa mise.
On s'étonnait de la voir mariée si jeune, car, là-bas, il n'y a pas d'autre explication à la solitude d'une jeune personne.
Et certes nul n'avait pensé, malgré la charité qui s'égare parfois dans le hardi pays des hypothèses, que cette jeune inconnue à l'air si admirablement décent pût avoir conquis son émancipation par des moyens excentriques.
On s'occupait d'elle beaucoup, et tout le monde confessait, ce qui est une note excellente, qu'elle ne semblait point s'occuper des autres.
Elle écoutait la messe pieusement, sans grimaces dévotes, mais sans distraction, et, la messe finie, elle se retirait à pied comme elle était venue.
On est curieux à la paroisse. Quelques bonnes âmes avaient peut-être essayé de savoir où demeurait cette charmante étrangère. Je crois bien qu'on l'avait suivie, mais ceux ou celles qui la suivaient, arrivés à la place de l'esplanade, l'avaient toujours perdue au milieu des baraques rassemblées là pour la fête.
Impossible de deviner où elle allait, à moins qu'elle n'eût son domicile dans une de ces maisons roulantes affectées aux saltimbanques, ce qui était, en vérité, complètement inadmissible.
Ce matin, ceux qui avaient la bonté de faire attention à elle la trouvèrent plus pâle. Sur son joli visage il y avait quelque chose de languissant.
Après la messe finie, elle resta un instant absorbée dans sa prière d'action de grâces, puis elle rabattit son voile et gagna le bénitier.