—C'est vrai, balbutia Hector; mais n'en soyez pas offensée. Si vous saviez comme votre malheur ajoute à ma tendresse et grandit mon respect pour vous!

Quand il se tut, Saphir l'écouta encore.

—Chaque fois que je rêvais de vous, pensa-t-elle tout haut, vous me parliez ainsi. Pour ma première communion, ils me donnèrent le nom de la Vierge Marie: voulez-vous m'appeler Marie? Les lèvres d'Hector s'appuyèrent sur sa main.

—Marie! murmura-t-il, mon adorée Marie!

—Vous faites bien de me plaindre, reprit-elle, et pourtant ces bonnes gens ne m'ont pas rendue malheureuse, allez; je suis reine dans cette humble famille, et ce sont eux qui m'ont donné la première idée de ma naissance.

—Votre naissance? répéta Hector timidement.

—Oh! vous êtes bon, dit-elle d'un ton pénétré, vous ne riez pas, merci!

Puis, riant elle-même, mais avec une singulière tristesse, elle ajouta:

—Monsieur le comte Hector de Sabran, vous savez bien que toutes les filles trouvées comme moi se croient les enfants d'un prince et d'une princesse.

—Marie, chère Marie, s'écria Hector, pourquoi me parlez-vous avec cette amertume?