—Vous savez, cette femme-là souffre; elle a été bonne pour moi. Je ne veux pas qu'on lui fasse du mal.
Saladin n'avait aucune envie de faire du mal à madame la duchesse. Il protesta de ses bonnes intentions et s'éloigna.
La soirée n'était pas encore très avancée. Mademoiselle Guite, restée seule, n'eut pas de remords, mais elle fut prise d'ennui. Elle alla faire une petite visite de politesse à madame de Chaves qui était couchée sur une chaise longue et semblait domptée par la fièvre. Cela lui dépensa une demi-heure.
En sortant, elle bâillait à se démettre la mâchoire.
Vers dix heures, elle se fit servir un joli souper et renvoya ses femmes.
Elle était de celles qui peuvent manger et boire solitairement avec un sincère plaisir. Quand la demie après onze heures sonna, elle était encore à table, humant à petites gorgées son sixième verre de chartreuse.
Le souper l'avait mise en joie.
—C'est l'affaire d'un coup de collier, dit-elle; j'aurais mieux aimé qu'il fît beau temps, mais j'ai gagné des rhumes pour un louis et il s'agit ici de cinq mille livres de rentes au dernier vingt!
C'était le moment convenu. Elle fit sa toilette d'aventures, prit la clef de la grille et sortit dans le jardin.
Le jardin était inondé; la pluie tombait à torrents. Mademoiselle Guite suivit bravement les allées et chercha un abri où elle pût faire sentinelle.