Elle se retourna à moitié chemin de la grille et jeta un regard sur l'hôtel.

On y voyait briller çà et là quelques lumières, mais c'étaient de celles qui veillent au chevet des gens endormis. Seule, la chambre à coucher de Mme de Chaves était vivement éclairée.

Les appartements du duc restaient noirs, ainsi que les bureaux de la Compagnie brésilienne.

—Mon respectable père est à boire et à jouer, se dit mademoiselle Guite. Voilà un vrai vivant, qui jette des paquets de billets de banque à la tête des femmes et qui perd dix mille louis dans une soirée sans sourciller! Ça me fait de la peine de le voir dévaliser par un cancre comme M. le marquis de Rosenthal.

Elle s'arrêta sous l'auvent de chaume d'un pavillon rustique, à quelques pas de la porte qui s'ouvrait vers l'extrémité de la grille la plus rapprochée de la place de la Concorde.

—Je serai bien là, pensa-t-elle. Pourvu qu'ils ne me fassent pas attendre trop longtemps!

Un quart d'heure se passa, puis une demi-heure, et mademoiselle Guite, n'ayant rien d'autre à faire, se mit à jurer comme un charretier embourbé. Ses pieds mouillés lui faisaient froid, et, malgré son abri, les rafales lui fouettaient la pluie au visage.

Vers minuit et quelques minutes, le temps s'éclaircit. Les nuages, déchirés par la tourmente, couraient tumultueusement sur l'azur du ciel.

Dieu sait que mademoiselle Guite ne regardait point l'azur du ciel.

Vers minuit et demi, les roues d'une voiture grincèrent sur le sable de l'avenue Gabrielle.