—Je vous avais vue si belle, ma mère!... commença la jeune fille.

—Tu me trouves donc belle! interrompit encore la duchesse. Moi je ne saurais pas dire comment je te trouve. Tu ressembles...

Elle allait dire: «à ton père», mais n'acheva pas et un voile de pâleur descendit sur son visage.

—Écoute, fit-elle mystérieusement, tout à l'heure, dans cette lettre qui me parlait de toi, je croyais reconnaître son écriture. Mais, se reprit-elle, que vais-je dire là? Je perds la tête tout à fait. Comment me comprendrais-tu, puisque tu avais un an à peine. Tiens, regarde, te voilà!

Elle s'était levée plus pétulante qu'une vierge de seize ans et avait été chercher dans son livre d'heures la photographie envoyée par Médor.

Elle l'apporta, disant avec le rire franc des heureuses:

—Regarde, regarde! te reconnais-tu? Saphir était émue et toute sérieuse.

—Je ne reconnais que vous, ma mère, dit-elle en portant le portrait à ses lèvres. Mais il y a en moi un trouble étrange, une fatigue que je ne saurais définir: c'est comme si ma mémoire comprimée allait éclater. Il me semble que je me souviens... mais non! J'ai beau faire, je ne me souviens pas. Aujourd'hui comme autrefois je suis ce nuage bercé entre vos bras bien-aimés.

Madame de Chaves l'attira doucement contre son cœur et, baissant la voix jusqu'au murmure, elle dit:

—Tu avais autrefois...