L'inconnu ouvrit sa large redingote et en retira deux épées, dont il jeta l'une sur le parquet aux pieds de monsieur le duc.

—Mon nom importe peu, dit-il. Voici bientôt quinze ans, vous m'avez pris ma femme au moyen d'une lâche tromperie. Dès ce temps-là vous auriez pu lui rendre son enfant qui est le mien. Vous l'avez épousée par un mensonge après vous être fait veuf par un assassinat: vous voyez que je sais votre histoire. Et maintenant, je vous surprends luttant contre cette même enfant, devenue jeune fille, non pas comme un homme, mais comme une bête féroce. Comme une bête féroce j'aurais pu vous abattre, moi surtout qui ai oublié bien longtemps d'où je sors. Mais en touchant une épée, je me suis souvenu de ma qualité de gentilhomme. Défendez-vous!

Le duc l'avait écouté sans l'interrompre. En l'écoutant, loin de relever l'épée, il s'était rapproché d'une console placée entre les deux fenêtres et dont la tablette supportait diverses armes.

Il y prit un revolver et l'arma.

—Je vais me défendre, dit-il, mais contre un visiteur de nuit qui refuse de dire son nom, je pense avoir le choix des armes.

Il visa. Un premier coup partit. L'étranger eut un tressaillement.

Monsieur le duc fit virer froidement son revolver, arma et visa de nouveau.

L'étranger avait fait un pas vers lui.

Monsieur le duc tira; mais à peine le coup eut-il retenti que le revolver s'échappa de sa main fouettée par l'épée.

L'étranger avait encore tressailli.