Un travail mental se faisait en elle pourtant, car le cercle bleuâtre qui entourait ses yeux devenait plus profond, et par intervalles, une sorte de grelottement agitait tout son corps.
Au bout d'une minute, elle se mit sur ses pieds avec effort et marcha droit devant elle, toute chancelante. Les gens s'écartaient pour la laisser passer, et je ne sais pourquoi sa merveilleuse beauté, prenant un caractère enfantin par le voile qui était sur son intelligence, rappela plus énergiquement à tous, en ce moment, Petite-Reine perdue.
—Comme elle lui ressemble! balbutia madame Noblet, au milieu d'un murmure composé de cent voix qui échangeaient des paroles à voix basse.
Tout est spectacle à Paris. C'était ici un spectacle étrange et qui ne rappelait en rien les scènes analogues. Il n'y avait ni grand mouvement, ni pleurs, ni cris, mais toutes les poitrines étaient oppressées. Et depuis que Lily avait quitté son banc, une douloureuse curiosité se peignait dans tous les regards.
Ceux qui connaissaient Petite-Reine redisaient à satiété comme elle était belle et douce, et riante, quel enchantement c'était que de la voir jouer sous les arbres, entourée d'enfants qui semblaient ses sujets et ses courtisans.
Certes, Lily n'entendait pas. Elle allait comme si elle eût essayé d'étouffer le faible bruit de ses pas pour surprendre quelqu'un. Un sourire où il y avait de l'espièglerie entrouvrait ses lèvres décolorées.
Je l'ai dit et je le répète: c'était navrant, mais d'une autre façon que l'angoisse ordinaire.
Elle n'alla pas bien loin. Elle s'arrêta au premier arbre qui se trouva sur son chemin et s'y appuya.
Puis, ainsi soutenue, elle en fit le tour vivement.
Ce n'était pas de l'espoir qui éclairait son visage, c'était comme une certitude de voir derrière l'arbre ce qu'elle cherchait.