Chacun regardait l'inconnu et s'étonnait de ne l'avoir pas encore remarqué. C'était bien vraiment une figure fatale comme disaient volontiers les romans de cette époque. Sa tête ne ressemblait point à celles qu'on rencontre du matin au soir dans la rue.

Mère Noblet dit la première.

—Il a l'air méchant, c'est un étranger.

—Et surtout calé! ajouta une dame sans cavalier, dont l'accent n'avait rien de malveillant.

—Un beau mâle, oui-da! fit observer une autre personne du sexe qui avait dépassé la quarantaine.

—Ses yeux font peur! murmura une jeune ouvrière. Une bonne d'enfant ajouta:

—Dire qu'on rencontre de cela à Paris!

Les petits n'étaient pas éloignés de le prendre pour l'ogre et le regardaient avec de grands yeux épouvantés.

Il n'y avait pour ne le point voir que Lily, la pauvre créature. Elle restait affaissée sur elle-même au pied de son arbre, les yeux fixes et sans lumière. Sur ses lèvres qui remuaient lentement, sans produire aucun son, un nom se devinait, toujours le même, le nom de sa fille: Justine.

Le cercle s'était resserré autour de l'inconnu qui venait d'abaisser les deux mains de Médor, en disant avec un fort accent étranger que personne n'avait jamais entendu: