Dès qu'Aurore fut partie, le marquis prit un air plus guilleret.

—Prince, dit-il, vous me devez ma revanche aux échecs... êtes-vous prêt?

—Toujours à vos ordres, cher marquis, répondit Gonzague.

Sur l'ordre de Caylus, on apporta une table et l'échiquier. Depuis quinze jours que le prince était au château, c'était bien la cent cinquantième partie qui allait commencer.

A trente ans, avec le nom et la figure de Gonzague, cette passion d'échecs devait donner à penser.

De deux choses l'une: ou il était bien ardemment amoureux d'Aurore, ou il était bien désireux de mettre la dot dans ses coffres.

Tous les jours, après le dîner comme après le souper, on apportait l'échiquier. Le bonhomme Verrous était de quatorzième force. Tous les jours, Gonzague se laissait gagner une douzaine de parties, à la suite desquelles Verrous triomphant s'endormait dans son fauteuil, sans quitter le champ de bataille, et ronflait comme un juste.

C'était ainsi que Gonzague faisait sa cour à mademoiselle Aurore de Caylus.

—Monsieur le prince, dit le marquis en rangeant ses pièces, je vais vous montrer aujourd'hui une combinaison que j'ai trouvée dans le docte traité de Cessolis... Je ne joue pas aux échecs comme tout le monde, et je tâche de puiser aux bonnes sources. Le premier venu ne saurait point vous dire que les échecs furent inventés par Attalus, roi de Pergame, pour divertir les Grecs durant le long siége de Troie. Ce sont des ignorants ou des gens de mauvaise foi qui en attribuent l'honneur à Palamède... Voyons, attention à votre jeu, s'il vous plaît.