Les autres convives, officiers de Caylus, pouvaient passer pour de purs comparses.
Mademoiselle Aurore de Caylus faisait les honneurs avec une dignité froide et taciturne. Généralement, on peut dire que les femmes, voire les plus belles, sont ce que leur sentiment présent les fait. Telle peut être adorable auprès de ce qu'elle aime, et presque déplaisante ailleurs. Aurore était de ces femmes qui plaisent en dépit de leur vouloir, et qu'on admire malgré elles-mêmes.
Elle avait le costume espagnol. Trois rangs de dentelles tombaient parmi le jais ondulant de ses cheveux.
Bien qu'elle n'eût pas encore vingt ans, les lignes pures et fières de sa bouche parlaient déjà de tristesse; mais que de lumière devait faire naître le sourire autour de ces jeunes lèvres! et que de rayons dans ces yeux largement ombragés par la soie recourbée des longs cils!
Il y avait bien des jours qu'on n'avait vu un sourire autour des lèvres d'Aurore.
Son père disait:
—Tout cela changera quand elle sera madame la princesse.
Et il ne s'en inquiétait point autrement.
A la fin du second service, Aurore se leva et demanda la permission de se retirer. Dame Isidore jeta un long regard de regret sur les pâtisseries, confitures et conserves qu'on apportait. Son devoir l'obligeait de suivre sa jeune maîtresse.