C'était une matinée d'automne, sombre et froide. Des ouvriers charpentiers, menuisiers et maçons montaient par groupes la rue Saint-Denis, portant leurs outils sur l'épaule. Ils arrivaient du quartier Saint-Jacques, où se trouvaient, pour la plupart, les logis des manœuvres, et tournaient tous ou presque tous le coin de la petite rue Saint-Magloire.

Vers le milieu de cette rue, presque en face de l'église du même nom, qui existait encore au centre de son cimetière paroissial, un portail de noble apparence s'ouvrait, flanqué de deux murs à créneaux aboutissant à des pignons chargés de sculptures.

Les ouvriers passaient la porte cochère et entraient dans une grande cour pavée qu'entouraient de trois côtés de nobles et riches constructions.

C'était l'ancien hôtel de Lorraine, habité sous la Ligue par M. le duc de Mercœur. Depuis Louis XIII, il portait le nom d'hôtel de Nevers. On l'appelait maintenant l'hôtel de Gonzague.

Philippe de Mantoue, prince de Gonzague, l'habitait.

C'était sans contredit, après le régent et Law, l'homme le plus riche et le plus important de France. Il jouissait des biens de Nevers à deux titres différents: d'abord comme parent et présomptif héritier, ensuite comme mari de la veuve du dernier duc, mademoiselle Aurore de Caylus.

Ce mariage lui donnait, en outre, l'immense fortune de Caylus-Verrous, qui s'en était allé dans l'autre monde rejoindre ses deux femmes.

Si le lecteur s'étonne de ce mariage, nous lui rappellerons que le château de Caylus était isolé, loin de toute ville, et que deux jeunes femmes y étaient mortes captives.

Il est des choses qui se peuvent expliquer seulement par la violence physique ou morale.