Le bonhomme Verrous n'y allait pas par quatre chemins, et nous devons être fixés suffisamment sur la délicatesse de M. le prince de Gonzague.
Il y avait dix-huit ans que la veuve de Nevers portait ce nom. Elle n'avait pas quitté le deuil un seul jour, pas même pour aller à l'autel.
Le soir des noces, quand Gonzague vint à son chevet, elle lui montra d'une main la porte; son autre main appuyait un poignard contre son propre sein.
—Je vis pour la fille de Nevers, lui dit-elle, mais le sacrifice humain a des bornes. Faites un pas et je vais attendre ma fille à côté de son père.
Gonzague avait besoin de sa femme pour toucher les revenus de Caylus. Il salua profondément et s'éloigna.
Depuis ce soir, jamais une parole n'était tombée de la bouche de la princesse en présence de son mari. Celui-ci était courtois, prévenant, affectueux. Elle restait froide et muette.
Chaque jour, à l'heure des repas, Gonzague envoyait le maître d'hôtel prévenir madame la princesse. Il ne se serait point assis avant d'avoir accompli cette formalité. C'était un grand seigneur.
Chaque jour, la première femme de madame la princesse répondait que sa maîtresse, souffrante, priait M. le prince de la dispenser de se mettre à table.
Cela, trois cent soixante-cinq fois par an pendant dix-huit années.
Du reste, Gonzague parlait très-souvent de sa femme, et en termes tout affectueux. Il avait des phrases toutes faites qui commençaient ainsi: «Madame la princesse me disait...» ou bien: «Je disais à madame la princesse...» et il plaçait ces phrases volontiers.