—J'ai fait comme toi, j'ai couru de ville en ville... pays plat, gros, bête et ennuyeux... des étudiants maigres et couleur de safran... des nigauds de poëtes qui bayent au clair de lune... des bourgmestres obèses qui n'ont jamais le plus petit neveu à mettre en terre... des églises où on ne chante pas la messe... des femmes... mais je ne saurais médire de ce sexe dont les enchantements ont embelli et brisé ma carrière!... enfin, de la viande crue et de la bière au lieu de vin!

—A pas pur! prononça résolûment Cocardasse, je n'irai jamais dans ce pays-là!

—J'ai vu Cologne, Francfort, Vienne, Berlin, Munich et un tas d'autres villes noires où l'on rencontre des troupes de grands nigauds qui chantent l'air du diable qu'on porte en terre... J'ai fait comme toi, j'ai pris le mal du pays. J'ai traversé les Flandres, et me voilà!

—La France! s'écria Cocardasse, il n'y a que la France!

—Noble pays!

—Patrie du vin!

—Mère des amours!

—Mon cher maître, se reprit frère Passepoil après ce duo où ils avaient lutté de lyrique élan, est-ce seulement le manque absolu de maravédis, joint à l'amour de la patrie, qui t'a fait repasser la frontière?

—Et toi..., est-ce uniquement le mal du pays?

Frère Passepoil secoua la tête; Cocardasse baissa ses terribles yeux.