—Alors, mon pauvre Cocardasse, tu n'as pas fait fortune?

Le Gascon retourna ses poches.

—Et toi, demanda-t-il, pécaïre?

—Moi, répondit le Normand, je fus poursuivi par les chevaux de Carrigue jusqu'à Bagnères-de-Luchon, ou à peu près. L'idée me vint aussi de passer en Espagne; mais je trouvai un bon bénédictin qui, sur mon air décent, me prit à son service. Il allait à Kehl, sur le Rhin, faire un héritage au nom de sa communauté. Je crois que je lui emportai sa malle et sa valise, et peut-être aussi son argent.

—Couquinasse! fit le Gascon.

—J'entrai en Allemagne. Voilà un brigand de pays! Tu parles de stylet? C'est au moins de l'acier. Là-bas, ils ne se battent qu'à coups de pots de bière... La femme d'un aubergiste de Mayence me débarrassa des ducats du bénédictin. Elle était gentille et elle m'aimait!—Ah! s'interrompit-il, Cocardasse, mon brave compagnon, pourquoi ai-je le malheur de plaire ainsi aux femmes!... Sans les femmes, j'aurais pu acheter une maison de campagne où passer mes vieux jours: un petit jardin, une prairie parsemée de pâquerettes rosées, un ruisseau avec un moulin.

—Et, dans le moulin, une meunière, interrompit le Gascon.

Passepoil se frappa la poitrine.

—Les passions! s'écria-t-il en levant les yeux au ciel; les passions font le tourment de la vie et empêchent un jeune homme de mettre de côté!

Ayant ainsi formulé la saine morale de sa philosophie, frère Passepoil reprit: