Aux abords de sa quarantième année, M. le marquis, veuf d'une première femme qui ne lui avait point donné d'enfants, était devenu amoureux de la fille du comte de Soto-Mayor, gouverneur de Pampelune. Inès de Soto-Mayor avait alors dix-sept ans.
C'était une fille de Madrid, aux yeux de feu, au cœur plus ardent que ses yeux.
Le marquis passait pour n'avoir point donné beaucoup de bonheur à sa première femme, toujours renfermée dans le vieux château de Caylus, où elle était morte à vingt-cinq ans.
Inès déclara à son père qu'elle ne serait jamais la compagne de cet homme.
Mais c'était bien une affaire, vraiment, dans cette Espagne des drames et des comédies, que de forcer la volonté d'une jeune fille!
Les alcades, les duègnes, les valets coquins et la sainte inquisition n'étaient, au dire de tous les vaudevillistes, institués que pour cela!
Un beau soir, la triste Inès, cachée derrière sa jalousie, dut écouter pour la dernière fois la sérénade du fils cadet du corrégidor, lequel jouait fort bien de la guitare. Elle partait le lendemain pour la France avec M. le marquis.
Celui-ci prenait Inès sans dot, et offrait, en outre, à M. de Soto-Mayor je ne sais combien de milliers de pistoles.
L'Espagnol, plus noble que le roi et plus gueux encore que noble, ne pouvait résister à de semblables façons.
Quand M. le marquis ramena au château de Caylus sa belle Madrilène long voilée, ce fut une fièvre générale parmi les jeunes gentilshommes de la vallée de Louron. Il n'y avait point alors de touristes, ces lovelaces ambulants qui s'en vont incendier les cœurs de province partout où le train de plaisir favorise les voyages au rabais; mais la guerre permanente avec l'Espagne entretenait de nombreuses troupes de partisans à la frontière, et M. le marquis n'avait qu'à se bien tenir.