Il se tint bien; il accepta bravement la gageure. Le galant qui eût voulu tenter la conquête de la belle Inès aurait dû d'abord se munir de canons de siége. Il ne s'agissait pas seulement d'un cœur: le cœur était à l'abri derrière les remparts d'une forteresse.
Les tendres billets n'y pouvaient rien, les douces œillades y perdaient leurs flammes et leurs langueurs, la guitare elle-même était impuissante. La belle Inès était inabordable.
Pas un galant, chasseur d'ours, hobereau ou capitaine, ne put se vanter seulement d'avoir vu le coin de sa prunelle.
C'était se bien tenir. Au bout de trois ou quatre ans, la pauvre Inès repassa enfin le seuil de ce terrible manoir.
Ce fut pour aller au cimetière.
Elle était morte de solitude et d'ennui.
Elle laissait une fille.
La rancune des galants vaincus donna au marquis ce surnom de Verrous.
De Tarbes à Pampelune, d'Argelès à Saint-Gaudens, vous n'eussiez trouvé ni un homme, ni une femme, ni un enfant, qui appelât M. le marquis autrement que Caylus-Verrous.
Après la mort de sa seconde femme, il essaya encore de se remarier, car il avait cette bonne nature de Barbe-Bleue qui ne se décourage point; mais le gouverneur de Pampelune n'avait plus de filles, et sa réputation de geôlier était si parfaitement établie, que les plus intrépides parmi les demoiselles à marier reculèrent devant sa recherche.