—Il est mort? demandèrent plusieurs voix.

—Je l'ai tué... Le roi m'avait fait noble, vous savez, pour que je pusse entrer dans sa compagnie... J'avais promis de me comporter prudemment; pendant six mois, j'ai été sage comme une image. On m'avait presque oublié; mais, un soir, ce Bélissen voulut jouer au croquemitaine avec un pauvre petit cadet de province qui n'avait pas seulement un poil de barbe au menton.

—Toujours la même histoire, dit Passepoil: un vrai chevalier errant!

—La paix, mon bon! ordonna Cocardasse.

—Je m'approchai de Bélissen, poursuivit Lagardère, et, comme j'avais promis à Sa Majesté, quand elle daigna me créer chevalier, de ne plus lancer de paroles injurieuses à personne, je me bornai à tirer les oreilles du baron comme on fait aux enfants méchants dans les écoles. Cela ne lui plut point.

—Je crois bien! fit-on à la ronde.

—Il me le dit trop haut, poursuivit Lagardère, et je lui donnai, derrière l'Arsenal, ce qu'il avait mérité depuis longtemps... un coup droit sur dégagement... à fond!

—Ah! petit! s'écria Passepoil oubliant que les temps étaient changés, comme tu allonges bien ce damné coup-là!

Lagardère se mit à rire. Puis il frappa la table violemment de son gobelet d'étain.

Passepoil se crut perdu.