—Nevers par-ci, Nevers par-là! continua Lagardère. Les chevaux de Nevers, les armes de Nevers, les domaines de Nevers!... ses bons mots, son bonheur au jeu, la liste de ses maîtresses... et sa botte secrète par-dessus le marché!... diable d'enfer! cela me rompait la tête... Un soir, mon hôtesse me servit des côtelettes à la Nevers... je lançai le plat par la fenêtre et je me sauvai sans souper... Sur la porte, je me heurtai contre mon cordonnier, qui m'apportait des bottes à la dernière mode, des bottes à la Nevers... je rossai mon bottier; cela me coûta dix louis que je lui jetai au visage... Le drôle me dit: «M. de Nevers me battit une fois, mais il me donna cent pistoles!...»
—C'était trop! prononça gravement Cocardasse.
Passepoil suait à grosses gouttes, tant il ressentait vivement les contrariétés de son cher petit Parisien.
—Voyez-vous, continua Lagardère, je sentis que la folie me prenait... Il fallait mettre un terme à cela!... Je montai à cheval et je m'en allai attendre Nevers à la sortie du Louvre... Quand il passa, je l'appelai par son nom.
«—Qu'est-ce? me demanda-t-il.
«—Monsieur le duc, répondis-je, j'ai grande confiance en votre courtoisie... Je viens vous demander de m'enseigner votre botte secrète, au clair de la lune.
«Il me regarda. Je pense qu'il me prit pour un échappé des Petites-Maisons.
«—Qui êtes-vous? me demanda-t-il pourtant.
«—Le chevalier Henri de Lagardère, répondis-je, par la munificence du roi... chevau-léger du corps... ancien cornette de la Ferté, ancien enseigne de Conti, ancien capitaine au régiment de Navarre... toujours cassé pour cause de cervelle absente...