Il releva la tête et reprit d'un ton affermi.
—Philippe de Nevers mourut victime d'une vengeance ou d'une trahison... Je dois glisser très-légèrement sur les mystères de cette nuit tragique... M. de Caylus, père de madame la princesse, est mort depuis longtemps et le respect me ferme la bouche...
Comme il vit que madame de Gonzague s'agitait sur son siége, prête à se trouver mal, il devina qu'un nouveau défi resterait sans réponse.
Il s'interrompit donc pour dire avec un ton d'exquise et bienveillante courtoisie:
—Si madame la princesse avait quelque communication à nous faire, je m'empresserais de lui céder la parole.
Aurore de Caylus fit effort pour parler, mais sa gorge, convulsivement serrée, ne put donner passage à aucun son.
Gonzague attendit quelques secondes, puis il poursuivit:
—La mort de M. le marquis de Caylus, qui sans nul doute aurait pu fournir de précieux témoignages, la situation isolée du lieu où le crime fut commis, la fuite des assassins et d'autres raisons que la plupart d'entre vous connaissent ne permirent pas à l'instruction criminelle d'éclairer complétement cette sanglante affaire... Il y a eu des doutes... Un soupçon plana... Enfin, justice ne put être faite... Et pourtant, messieurs, Philippe de Nevers avait un autre ami que moi, un autre frère... un ami, un frère plus puissant... Cet ami, ai-je besoin de le nommer? ce frère vous le connaissez tous: il a nom Philippe d'Orléans; il est régent de France... qui oserait dire que Nevers assassiné a manqué de vengeurs!
Il y eut un silence. Les clients du dernier banc échangeaient entre eux diverses pantomimes. On entendait partout ces mots, répétés à voix basse:
—C'est plus clair que le jour!