Aurore de Caylus collait son mouchoir à ses lèvres où le sang venait, tant l'indignation lui serrait la poitrine.
—Messieurs, reprit Gonzague, j'arrive aux faits qui ont motivé votre convocation. Ce fut en m'épousant que madame la princesse déclara son mariage secret, mais légitime avec le feu duc de Nevers... Ce fut en m'épousant qu'elle constata également l'existence d'une fille, issue de cette union... les preuves écrites manquaient; le registre paroissial, lacéré en deux endroits, ne portait aucune constatation, et je suis forcé de dire encore que M. de Caylus seul au monde aurait pu nous donner quelques éclaircissements à cet égard. Mais M. de Caylus, vivant, garda toujours le silence; à l'heure qu'il est, nul ne peut interroger sa tombe... La constatation dut se faire au moyen du témoignage sacramentel de dom Bernard, chapelain de Caylus, qui inscrivit mention du premier mariage et de la naissance de mademoiselle de Nevers en marge de l'acte qui donna mon nom à la veuve de Nevers... Je voudrais que madame la princesse voulût bien donner à mes paroles l'autorité de son adhésion.
Tout ce qu'il venait de dire était d'une exactitude rigoureuse.
Aurore de Caylus resta muette.—Mais le cardinal de Lorraine s'étant penché vers elle, se releva et dit:
—Madame la princesse ne conteste point.
Gonzague s'inclina et poursuivit:
—L'enfant disparut la nuit même du meurtre... Vous savez, messieurs, quel inépuisable trésor de patience et de tendresse renferme le cœur d'une mère... Depuis dix-huit ans, l'unique soin de madame la princesse, le travail de chacun de ses jours, de chacune de ses heures, est de chercher sa fille... Je dois le dire: les recherches de madame la princesse ont été jusqu'à présent complètement inutiles... Pas une trace, pas un indice... Madame la princesse n'est pas plus avancée qu'au premier jour.
Ici, Gonzague jeta encore un regard vers sa femme.—Aurore de Caylus avait les yeux au ciel.
Dans sa prunelle humide, Gonzague chercha en vain ce désespoir que devaient provoquer ses dernières paroles.