C'était une rieuse, une de ces douces filles dont la gaieté rayonne si bien, qu'elle suffit toute seule à la joie d'une famille. Chacun de ses traits semblait fait pour le plaisir: son front d'enfant, son nez aux belles narines roses, sa bouche dont le sourire montrait la parure nacrée.
Mais ses yeux rêvaient: de grands yeux d'un bleu sombre dont les cils semblaient une longue frange de soie.
Sans le regard pensif de ces beaux yeux, à peine lui eussiez-vous donné l'âge d'aimer.
Elle était grande; sa taille était un peu trop frêle: quand nul ne l'observait, ses poses avaient de chastes et délicieuses langueurs.
L'expression générale de sa figure était la douceur; mais il y avait dans sa prunelle, brillant sous l'arc de ses sourcils noirs, dessinés hardiment, une fierté calme et vaillante. Ses cheveux, noirs aussi, à chauds reflets d'or fauve, ses cheveux longs et riches, si lourds qu'on eût dit parfois que sa tête s'inclinait sous leur poids, ondulaient en masses larges sur son cou et sur ses épaules, faisant à son adorable beauté un cadre et une auréole.
Il y en a qui doivent être aimées ardemment, mais un seul jour;—il y en a d'autres qu'on chérit longtemps d'une tranquille tendresse.
Celle-ci devait être aimée passionnément et toujours.
Elle était ange, mais surtout femme.
Son nom, que les voisins ignoraient et que dame Françoise et Jean-Marie Berrichon avaient défense de prononcer depuis l'arrivée à Paris, était Aurore.
Nom prétentieux et sot pour une belle demoiselle des salons, nom grotesque pour une fille à mains rouges et pour ma tante dont la voix chevrote,—nom ravissant pour celles qui peuvent l'enlacer comme une fleur de plus à leur diadème de chère poésie.