»Nous franchîmes les portes.—Deux rangées de maisons hautes et sombres nous dérobèrent la vue du ciel. Avec le peu d'argent qu'il avait, mon ami loua une chambrette. Je fus prisonnière.

»Dans les montagnes et aussi à l'alqueria, j'avais le grand air et le soleil, les arbres fleuris, les grandes pelouses et aussi la compagnie des enfants de mon âge. Ici, quatre murs; au dehors, le long profil des maisons grises avec le morne silence des villes espagnoles.—Au dedans, la solitude.

»Car mon ami Henri sortait dès le matin et ne revenait que le soir.

»Il rentrait les mains noires et le front en sueur. Il était triste. Mes caresses seules pouvaient lui rendre son sourire.

»Nous étions pauvres et nous mangions notre pain dur; mais il trouvait encore moyen parfois de m'apporter du chocolat, ce régal espagnol, et d'autres friandises.

»Ces jours-là, je revoyais son pauvre beau visage heureux et souriant.

»—Aurore, me dit-il un soir,—je m'appelle don Luiz à Pampelune... et, si l'on vient vous demander votre nom, vous répondrez: Mariquita.

»Je ne savais que ce nom d'Henri qu'on lui avait donné jusqu'alors. Jamais il ne m'a dit lui-même qu'il était le chevalier de Lagardère. Il m'a fallu l'apprendre par hasard.

»Il m'a fallu deviner aussi ce qu'il avait fait pour moi quand j'étais toute petite. Je pense qu'il voulait me laisser ignorer combien je lui suis redevable.