—Va aider ta grand'mère, Berrichon, dit Aurore.
—Pauvre petite demoiselle! pensa-t-il en se retirant; elle meurt d'envie d'aller danser!
La tête pensive d'Aurore s'inclinait sur sa main. Elle ne songeait guère au bal ni à la danse.
Elle se disait à elle-même:
—L'appeler? à quoi bon l'appeler? Il n'y est pas, j'en suis sûre... chaque jour ses absences se prolongent davantage.
—J'ai peur! s'interrompit-elle en frissonnant; oui, j'ai peur, quand je réfléchis à tout cela! ce mystère m'épouvante... Il me défend de sortir, de voir, de recevoir personne... il cache son nom; il dissimule ses démarches..... Tout cela, je le comprends bien, c'est le danger d'autrefois qui est revenu... c'est l'éternelle menace autour de nous... la guerre sourde des assassins.
»Qui sont-ils, les assassins? fit-elle après un silence; ils sont puissants; ils l'ont prouvé... ce sont ses ennemis implacables... ou plutôt les miens... c'est parce qu'il me défend qu'ils en veulent à sa vie!
»Et il ne me dit rien! s'écria-t-elle; jamais rien!... comme si mon cœur ne devait pas tout deviner!... comme s'il était possible de fermer les yeux qui aiment!... Il entre, il reçoit mon baiser, il s'assied, il fait tout ce qu'il peut pour sourire... il ne voit pas que son âme est devant moi toute nue!... que d'un regard je sais lire dans ses yeux son triomphe ou sa défaite!... Il se défie de moi!... Il ne veut pas que je sache l'effort qu'il fait, le combat qu'il livre... il ne comprend donc pas, mon Dieu! qu'il me faut mille fois plus de courage pour dévorer mes pleurs qu'il ne m'en faudrait pour partager sa tâche et combattre à ses côtés!...»
Un bruit se fit dans la salle basse, un bruit bien connu sans doute, car elle se leva tout à coup radieuse.
Ses lèvres s'entr'ouvrirent pour laisser passer un petit cri de joie.