—Monsieur, vous êtes gentilhomme, du moins vous le dites... Ce que vous avez fait est indigne d'un gentilhomme... Ayez pour châtiment votre propre honte... Votre épée, monsieur!

Lagardère essuya son front baigné de sueur. Au moment où il détacha le ceinturon de son épée, une larme roula sur sa joue.

—Sang-Dieu! grommela Chaverny qui avait la fièvre et ne savait pourquoi, j'aimerais mieux qu'on le tuât.

Au moment où Lagardère rendait son épée au marquis de Bonnivet, Chaverny détourna les yeux.

—Nous ne sommes plus au temps, reprit le régent, où l'on brisait les éperons des chevaliers convaincus de félonie... mais la noblesse existe, Dieu merci... et la dégradation de noblesse est la peine la plus cruelle que puisse subir un soldat... Monsieur, vous n'avez plus le droit de porter une épée... Écartez-vous, messieurs, et donnez-lui passage... cet homme n'est plus digne de respirer le même air que vous.

Un instant on eût dit que Lagardère allait ébranler les colonnes de cette salle, et comme Samson, ensevelir ces Philistins sous les décombres; son puissant visage exprima d'abord un courroux si terrible que ses voisins s'écartèrent, bien plus par frayeur que par obéissance à l'ordre du régent. Mais l'angoisse succéda vite à la colère, et l'angoisse fit place à cette froideur résolue qu'il montrait depuis le commencement de la séance.

—Monseigneur, dit-il en s'inclinant, j'accepte le jugement de Votre Altesse Royale, et je n'en appellerai point.

Une lointaine solitude et l'amour d'Aurore, voilà le tableau qui passait devant ses yeux.

Cela ne valait-il pas le martyre?

Il se dirigea vers la porte au milieu du silence général.