—C'est moi qui suis mademoiselle de Nevers, répondit Aurore avec calme.
La gitanita ouvrit de grands yeux.
—Lagardère te l'a dit? murmura-t-elle sans même songer à faire des objections.
Celle-là n'était pas ambitieuse!
—Non, répondit Aurore; et c'est là le seul tort que je puisse lui reprocher en sa vie... S'il me l'eût dit?...
—Mais alors, fit dona Cruz, qui donc?
—Personne... Je le sais, voilà tout... Depuis hier, les divers événements qui se sont passés depuis mon enfance ont pris pour moi une nouvelle signification. Je me suis souvenue; j'ai comparé; la conséquence s'est dégagée d'elle-même... L'enfant qui dormait dans les fossés de Caylus pendant qu'on assassinait son père, c'était moi... Je vois encore le regard de mon ami, quand nous visitâmes ce lieu funeste: c'était moi... Mon ami ne me fit-il pas baiser le visage de marbre de Nevers au cimetière Saint-Magloire?... Et ce Gonzague dont le nom me poursuivit depuis mon enfance, ce Gonzague qui aujourd'hui va me porter le dernier coup, n'est-il pas le mari de la veuve de Nevers?...
—Puisque c'est lui, interrompit la gitanita, qui voulait me rendre à ma mère...
—Ma pauvre Flor, nous n'expliquerons pas tout, je le sais bien. Nous sommes des enfants, et Dieu nous a gardé notre bon cœur: comment sonder l'abîme des perversités, et à quoi bon? Ce que Gonzague voulait faire de toi, je l'ignore; mais tu étais un instrument dans ses mains... Depuis hier, j'ai vu cela... Et depuis que je te parle, tu le vois toi-même.
—C'est vrai, murmura dona Cruz qui avait les paupières demi-closes et les sourcils froncés.