—Hier seulement, reprit Aurore, Henri m'a avoué qu'il m'aimait...
—Hier seulement?... interrompit la gitanita au comble de la surprise.
—Pourquoi cela?... Il y avait donc un obstacle entre nous?... Et quel pouvait être cet obstacle, sinon l'honneur ombrageux et scrupuleux de l'homme le plus loyal qui soit au monde: c'était la grandeur de ma naissance; c'était l'opulence de mon héritage qui l'éloignait de moi!
Dona Cruz sourit. Aurore la regarda en face, et l'expression de son charmant visage fut une fierté sévère.
—Faut-il me repentir de t'avoir parlé comme je l'ai fait? murmura-t-elle.
—Ne me gronde pas, fit la gitanita qui lui jeta les deux bras autour du cou; je souriais en songeant que je n'aurais point deviné cet obstacle-là, moi qui ne suis pas princesse.
—Plût à Dieu qu'il en fût ainsi de moi! s'écria Aurore les larmes aux yeux; la grandeur a ses joies et ses souffrances... Moi qui vais mourir à vingt ans, de la grandeur je n'aurai connu que les larmes!
Elle ferma d'un geste caressant la bouche de sa compagne qui allait protester encore, et reprit:
—Je suis calme. J'ai foi en la bonté de Dieu qui ne nous éprouve pas au delà des limites de ce monde... Si je parle de mourir, ne crains pas que je puisse hâter ma dernière heure... Le suicide est un crime: un crime qu'on ne peut expier et qui ferme la porte du ciel... Si je n'allais pas au ciel, où l'attendrais-je?... Non... d'autres se chargeront de ma délivrance; ceci, je ne le devine point: je le sais.
Dona Cruz était toute pâle.