La rue Quincampoix avait du reste d'étonnants rapports avec la Californie. Notre siècle n'a rien inventé en fait d'extravagances.

Ce n'était ni l'or ni l'argent, ce n'étaient pas non plus les marchandises qu'on recherchait; la vogue était aux petits papiers. Les blanches, les jaunes, les mères, les filles, enfin ces chers anges qui allaient naître, les petites-filles, les bleues, ces tendres actions dont le berceau s'entourait déjà de tant de sollicitudes! voilà ce qu'on demandait de toutes parts, à grands cris, voilà ce qu'on voulait, voilà ce qui véritablement excitait le délire de tous!

Veuillez réfléchir: un louis vaut vingt-quatre francs aujourd'hui, demain il vaudra encore vingt-quatre francs, tandis qu'une petite-fille de mille livres qui, ce matin, ne vaut que cinq cents pistoles, peut valoir deux mille écus demain soir.

A bas la monnaie, lourde, vieille, immobile! vive le papier léger comme l'air! le papier précieux, le papier magique qui accomplit, au fond même du portefeuille, je ne sais quel travail d'alchimiste! Une statue à ce bon M. Law! une statue haute comme le colosse de Rhodes!

Ésope II, dit Jonas, est le bénéficiaire de cet engouement. Son dos, ce pupitre commode dont lui avait fait cadeau la nature, ne chômait pas un seul instant. Les pièces de six livres et les pistoles tombaient sans relâche dans sa sacoche de cuir.—Mais ce gain le laissait impassible. C'était déjà un financier endurci.

Il n'était point gai, ce matin; il avait l'air malade. A ceux qui avaient la bonté de l'interroger à ce sujet, il répondait:

—Je me suis un peu trop fatigué cette nuit.

—Où cela, Jonas, mon ami?

—Chez M. le régent qui m'avait invité à sa fête.

On riait, on signait, on payait: c'était une bénédiction!