Le troisième appartenait au bossu Ésope II, dit Jonas, que Chaverny venait de vaincre en combat singulier, à coup de verres de champagne.
Au moment où nous entrons, Chaverny, abusant de sa victoire, entassait des manteaux et des douillettes, des mantes de femme, sur le corps de ce malheureux bossu, enseveli dans une immense bergère.
Le bossu, ivre-mort, ne se plaignait point. Il était complétement caché sous ce monceau de dépouilles, et Dieu sait qu'il courait grand risque d'étouffer.
Au reste, c'était bien fait! Le bossu n'avait point tenu ce qu'il avait promis. Il s'était montré taciturne, maussade, inquiet, préoccupé. A quoi pouvait penser ce pupitre?
Ces dames l'avaient lutiné vainement. Dona Cruz elle-même ayant voulu lui parler de trop près, le bossu avait reculé son siége comme un malotru qu'il était.
A bas le bossu! C'était bien la dernière fois qu'il assistait à semblable fête!
Une question que l'on s'était adressée plusieurs fois avant d'être ivre, c'était à savoir pourquoi dona Cruz elle-même y assistait.
Gonzague avait l'habitude de ne rien faire au hasard. Jusqu'alors il avait caché cette dona Cruz aussi soigneusement que s'il eût été son tuteur espagnol. Et maintenant, il la faisait souper avec une douzaine de vauriens... C'était pour le moins fort étrange.
Chaverny avait demandé si c'était là sa femme; Gonzague avait secoué la tête négativement. Chaverny avait voulu savoir où était sa fiancée; on lui avait répondu: Patience.
Quel avantage Gonzague pouvait-il avoir à traiter ainsi une jeune fille qu'il voulait produire à la cour sous le nom de mademoiselle de Nevers?