Cette suprême entrevue n'avait pas de témoins.
Aurore se leva toute droite pour recevoir Lagardère. Elle baisa ses mains garrottées, puis elle lui tendit son front si pâle, qu'il semblait de marbre. Lagardère appuya ses lèvres contre ce front, sans prononcer une parole.
Les larmes jaillirent enfin des yeux d'Aurore, quand ses yeux tombèrent sur sa mère qui pleurait à l'écart.
—Henri! Henri! dit-elle, c'était donc ainsi que nous devions nous revoir!
Lagardère la contemplait, comme si tout son amour, toute cette immense affection qui avait fait sa vie pendant des années, eût voulu se concentrer dans ces derniers regards.
—Je ne vous ai jamais vue si belle, Aurore, murmura-t-il, et jamais votre voix n'est arrivée si douce jusqu'au fond de mon cœur... Merci d'être venue... Les heures de ma captivité n'ont pas été bien longues... Vous les avez remplies et votre cher sourire a veillé près de moi... merci d'être venue... merci... mon ange bien-aimé! Merci, madame, reprit-il en se tournant vers la princesse; à vous surtout, merci!... vous auriez pu me refuser cette dernière joie...
—Vous refuser! s'écria Aurore impétueusement.
Le regard du prisonnier alla du fier visage de l'enfant au front penché de la mère.—Il devina.
—Cela n'est pas bien, dit-il, cela ne doit pas être ainsi... Aurore, voici le premier reproche que ma bouche et mon cœur laissent échapper contre vous... Vous avez ordonné, je vois cela, et votre mère obéissante est venue... Ne répondez pas, Aurore, s'interrompit-il; le temps passe et je ne vous donnerai plus beaucoup de leçons... Aimez votre mère... obéissez à votre mère... aujourd'hui, vous avez l'excuse du désespoir, mais demain...
—Demain, Henri, prononça résolûment la jeune fille, si vous mourez, je serai morte!