Lagardère recula d'un pas, et sa physionomie prit une expression sévère:
—J'avais une consolation, dit-il, presque une joie... c'était de me dire en quittant ce monde: Je laisse derrière moi mon œuvre... et là-haut, la main de Nevers se tendra vers moi, car il aura vu sa fille et sa femme heureuses par moi...
—Heureuse! répéta Aurore; heureuse sans vous!...
Elle eut un rire plein d'égarement.
—Mais je me trompais, reprit Lagardère; cette consolation, je ne l'ai pas... cette joie, vous me l'arrachez!... J'ai travaillé vingt ans pour voir mon œuvre brisée à la dernière heure... Cette entrevue a suffisamment duré... Adieu, mademoiselle de Nevers!
La princesse s'était approchée doucement. Elle fit comme Aurore: elle baisa les mains liées du prisonnier...
—Et c'est vous! murmura-t-elle, vous qui plaidez ma cause!
Elle reçut dans ses bras Aurore défaillante.
—Oh! ne la brisez pas! reprit-elle; c'est moi!... c'est ma jalousie!... c'est mon orgueil!...
—Ma mère! ma mère!... s'écria Aurore; vous me déchirez le cœur!