Elles s'affaissèrent toutes deux sur le large siége. Lagardère restait debout devant elles.

—Votre mère se trompe, Aurore, dit-il; vous vous trompez, madame... Votre orgueil et votre jalousie, c'était de l'amour... Vous êtes la veuve de Nevers; qui donc l'a oublié un instant si ce n'est moi?... Il y a un coupable... il n'y a qu'un coupable... c'est moi!...

Son noble visage exprimait une émotion douloureuse et grave.

—Écoutez ceci, Aurore, reprit-il; mon crime ne fut que d'un instant et il avait pour excuse le rêve insensé, le rêve radieux et mille fois adoré qui me montrait ouvertes les portes du paradis... Mais mon crime fut grand... assez grand pour effacer mon dévouement de vingt années... Un instant, un seul instant, j'ai voulu arracher la fille à la mère...

La princesse baissa les yeux. Aurore cacha sa tête dans son sein.

—Dieu m'a puni, poursuivit Lagardère; Dieu est juste... je vais mourir...

—Mais, n'y a-t-il donc aucun recours? s'écria la princesse qui sentait sa fille faiblir entre ses bras.

—Mourir! continua Lagardère, au moment où ma vie si longtemps éprouvée allait s'épanouir comme une fleur!... J'ai mal fait: le châtiment est cruel... Dieu s'irrite d'autant plus contre ceux qui ternissent une bonne action par une faute... Je me disais cela dans ma prison: quel droit avais-je de me défier de vous, madame?... J'aurais dû vous l'amener joyeux et souriant par la grande porte de votre hôtel... J'aurais dû vous laisser l'embrasser à votre aise... puis, elle vous aurait dit: Il m'aime, il est aimé... et moi, je serais tombé à vos genoux... en vous priant de nous bénir tous deux...

Il se mit lentement à genoux. Aurore fit comme lui.