—Amende honorable.—

Les exécutions nocturnes qui avaient lieu derrière les murailles de la Bastille n'étaient pas nécessairement des exécutions secrètes. Tout au plus pourrait-on dire qu'elles n'étaient point publiques.—A part celles que l'histoire compte et constate qui furent faites sans formes de procès, sous le cachet du roi, toutes les autres vinrent ensuite d'un jugement et d'une procédure plus ou moins régulière.

Le préau de la Bastille était un lieu de supplice avoué et légal tout comme la place de Grève.

M. de Paris avait seul le privilége d'y couper les têtes.

Il y avait bien des rancunes contre cette Bastille, bien des rancunes légitimes.—La petite Parisienne reprochait surtout à la Bastille de faire écran au spectacle de l'échafaud.

Quiconque a passé la barrière d'Enfer une nuit d'exécution capitale, pourra dire si de nos jours le peuple de Paris est guéri de son goût barbare pour ces lugubres émotions.

La Bastille devait encore cacher, ce soir, l'agonie du meurtrier de Nevers, condamné par la chambre ardente du Châtelet, mais tout n'était pas perdu. L'amende honorable au tombeau de la victime et le poing coupé par le glaive du bourreau valaient bien encore quelque chose.

Le glas de la Sainte-Chapelle avait mis en rumeur tous les bons quartiers de la ville. Les nouvelles n'avaient point pour se répandre les mêmes canaux qu'aujourd'hui, mais par cela même, on était plus avide de voir et de savoir. En un clin d'œil les abords du Châtelet et du Palais furent encombrés.—Quand le cortége sortit par la porte Cosson, ouverte dans l'axe de la rue Saint-Denis, dix mille curieux formaient déjà la haie.

Personne dans cette foule ne connaissait le chevalier Henri de Lagardère. Ordinairement, il se trouvait toujours bien dans la cohue quelqu'un pour mettre un nom sur le visage du patient: ici, c'était une ignorance complète.—Mais l'ignorance dans ce cas n'empêche pas de parler; au contraire, elle ouvre le champ libre aux hypothèses.