—Monsieur le prince, interrompit le duc d'Orléans d'une voix qui voulait être sévère, mais qui trahissait le doute et l'émotion, je n'ai qu'à vous répéter mes propres paroles: justifiez-vous, et vous verrez si je suis votre ami!
—Mais de quoi m'accuse-t-on? s'écria Gonzague feignant un emportement soudain; est-ce un crime de vingt ans?... est-ce un crime d'hier?... Philippe d'Orléans a-t-il cru, une heure, une minute, une seconde, je veux le savoir, je le veux!... avez-vous cru, monseigneur, que cette épée...?
—Si je l'avais cru!... murmura le duc qui fronça le sourcil tandis que le sang montait à sa joue.
Gonzague prit sa main de force et l'appuya contre son cœur.
—Merci, dit-il les larmes aux yeux; entendez-vous, Philippe!... je suis réduit à vous dire merci! parce que votre voix ne s'est point jointe aux autres pour m'accuser d'infamie...
Il se redressa comme s'il eût eu honte et pitié de son attendrissement.
—Que monseigneur me pardonne, reprit-il en se forçant à sourire, je ne m'oublierai plus près de lui... Je sais quelles sont les accusations portées contre moi... ou du moins je les devine... Ma lutte contre ce Lagardère m'a entraîné à des actes que la loi réprouve... je me défendrai si la loi m'attaque... En outre, la présence de mademoiselle de Nevers dans une maison consacrée au plaisir... Je ne veux pas anticiper, monseigneur... ce qui me reste à dire ne fatiguera pas longtemps l'attention de Votre Altesse Royale.
Votre Altesse Royale se souvient sans doute qu'elle accueillit avec étonnement la demande que je lui fis de l'ambassade secrète à Madrid. Jusqu'alors je m'étais tenu soigneusement éloigné des affaires publiques. Nous en avons dit assez pour que votre étonnement ait cessé. Je voulais retourner en Espagne avec un titre officiel qui mît à ma disposition la police de Madrid.
En quelques jours j'eus découvert l'asile de la chère enfant qui est désormais tout l'espoir d'une grande race. Lagardère l'avait décidément abandonnée. Qu'avait-il affaire d'elle? Aurore de Nevers gagnait sa vie à danser sur les places publiques!