Mon dessein était de saisir à la fois les deux jeunes filles et l'aventurier. L'aventurier et sa maîtresse m'échappèrent. Je ramenai mademoiselle de Nevers.

—Celle que vous prétendez être mademoiselle de Nevers, rectifia le régent.

—Oui, monseigneur, celle que je prétends être mademoiselle de Nevers.

—Cela ne suffit pas.

—Permettez-moi de croire le contraire, puisque le résultat m'a donné raison... je n'ai point agi à la légère... Au risque de me répéter, je vous dirai: Voici vingt ans que je travaille!... que fallait-il? La présence des deux jeunes filles et celle de l'imposteur?... Nous l'avons.

—Pas par votre fait, interrompit le régent.

—Par mon fait, monseigneur... uniquement par mon fait!... A quelle époque Votre Altesse Royale a-t-elle reçu la première lettre de ce Lagardère?

—Vous ai-je dit...? commença le duc d'Orléans avec hauteur.

—Si Votre Altesse Royale ne veut pas me répondre, je le ferai pour elle... La première lettre de Lagardère, celle qui demandait le sauf-conduit et qui était datée de Bruxelles, arriva à Paris dans les derniers jours d'août... Il y avait près d'un mois que mademoiselle de Nevers était en mon pouvoir... Ne me traitez pas plus mal qu'un accusé ordinaire, monseigneur, et laissez-moi du moins le bénéfice de l'évidence... Pendant près de vingt ans, Lagardère est resté sans donner signe de vie... Pensez-vous qu'il ne lui ait point fallu un motif pour songer à rentrer en France précisément à cette heure... et pensez-vous que ce motif n'ait point été l'enlèvement même de la vraie Nevers?... S'il faut mettre les points sur les i, Lagardère a-t-il pu faire un autre raisonnement que celui-ci: Si je laisse M. de Gonzague installer à l'hôtel de Lorraine l'héritière du feu duc, où s'en vont mes espoirs... et que ferai-je de cette belle fille qui valait des millions hier, et qui demain ne sera plus qu'une gitana plus pauvre que moi?...

—On pourrait retourner l'argument, objecta le régent.