Le chevalier lui parla, elle ne répondit point.
Au bout de quelques minutes, elle rouvrit les yeux et demanda, comme une personne qui s'éveille:
—Qu'est-il donc arrivé?
Puis, avant même que son fiancé pût répondre:
—J'ai parlé, reprit-elle; quelque chose de plus fort que moi-même me poussait... Mon ami, je vous prie de me pardonner.
—Jeanne, ma belle Jeanne, répondit le chevalier, je vous pardonnerai si je vous vois sourire.
Elle sourit, en effet, et, comme Nicolas l'aidait à se relever, elle murmura:
—Je suis une folle... Au revoir, ami, et que ce soit bientôt!
—Jeanne, répondit le chevalier, qui à son tour parlait gravement, nous autres soldats, nous sommes visités souvent par la pensée de la mort. J'ai peur de la craindre aujourd'hui que j'ai l'âme si pleine de vous et de mon bonheur. Si elle vient, vous aurez après Dieu ma dernière pensée. Priez, ma chère Jeanne, priez que je la reçoive le front haut, l'épée à la main; priez surtout pour que mon sang versé profite à ma patrie!
Il y eut deux soupirs dans le silence, et le chevalier sauta en selle. Les cailloux de la route qui tournait derrière la loge abandonnée, retentirent sous le galop du cheval.