Vous savez, c'était la montée dont la pente se relevait au bord de l'étang, juste en face du Cloître, qui devait être caché là-haut dans la brume et où sans doute Jeanneton de Vandes dormait.

Nicolas avait passé tout auprès d'elle, et c'est pour cela que son cœur, bien avant sa raison et ses yeux, s'était vaguement reconnu naguère.

Le guide galopait en gravissant cette bruyère où les roches moussues moutonnaient, troupeau grisâtre, parmi les tiges argentées des bouleaux.

Il n'avait plus sur ses talons que Nicolas; le détachement venait loin derrière.

Nicolas se trouva tout à coup à l'entrée de cette clairière au milieu de laquelle le grand vieux chêne que le Fritz de Lisela aimait tant, se dressait. La brume était moins épaisse ici qu'au bord de l'étang. Nicolas n'eut besoin que d'un coup d'œil pour reconnaître le géant mort au milieu de l'éclaircie.

Et pour la première fois, il se dit avec certitude: «C'est là!»

Les pensées ont leurs échos comme les voix; ce mot: «C'est là!», qui ne fut pas même prononcé, éveilla dans l'esprit du chevalier tout un monde de souvenirs.

C'était, vous ne l'avez peut-être pas oublié, la dernière parole de cette belle et chère Jeanne de Vandes à l'heure de l'adieu, le soir des fiançailles, quand la tristesse avait débordé de son vaillant cœur et qu'elle s'était mise, comme malgré elle, à répéter les prédictions de la veuve du coupeur de bois.

C'était là, en effet, qu'elle avait parlé, au pied même du chêne, désignant du doigt la coupe touffue qui bordait la clairière du côté nord, et disant, elle aussi: «C'est là!»

Tout cela revenait au cœur de Nicolas. Peut-on dire qu'il oublia le présent pour le passé pendant une minute? Non, ce ne fut ni la moitié ni le quart d'une minute.