Nicolas n'avait point à s'inquiéter de cela. Ses instructions étaient précises; il s'agissait de les exécuter à la lettre.

Aussi, quand il commença d'entendre ses hommes fourrageant dans la bruyère, et se demandant les uns aux autres: «Par où diable ont-ils passé, le capitaine et son Hessois?», sa première idée fut de leur crier halte tout uniment, de l'endroit où il était, tant il lui semblait inutile de prendre des précautions vis-à-vis d'un ennemi déjà prévenu par le guide, qui sans doute, en ce moment, se vantait d'avoir amené les Français à la boucherie.

Mais il se ravisa, songeant que plus il était certain d'être observé, mieux il avait à jouer son rôle, qui était de feindre au moins la prudence.

Il se blottit donc contre le chêne, en homme qui a conscience de s'être trop avancé, et s'orientant d'après les voix des soldats, il risqua un pas vers eux, avec de grands airs de précaution.

Nous disons bien un pas, car il n'en put faire deux.

L'embuscade, en effet, ne l'attendait pas derrière le feuillage, comme il le supposait. L'embuscade l'enveloppait: il y était en plein.

Comme par enchantement, tout autour de lui, la terre s'était hérissée de silhouettes sombres.

Quand il voulut crier, une grosse main, plus imprégnée de tabac que l'intérieur d'un fourneau de pipe, écrasa le son sur ses lèvres.

Le froid d'une lame toucha son cou, tandis qu'une pointe de baïonnette par derrière, le démangeait entre les deux épaules, à la hauteur du cœur.

Par devant, une autre pointe, celle d'une épée, s'appuyait sur ce même cœur, qui eut un grand battement, car l'instant où il faut mourir est amer aussi pour les braves.