XV
POUR LA FRANCE!
Il était arrivé ceci:
Bastian, le meunier du moulin planté sur pilotis, ayant entendu l'eau venir, s'était relevé vers dix heures, ce soir-là, pour ôter l'arrêt de sa roue.
Il y avait longtemps qu'il attendait l'eau, ce Bastian, et il était tout joyeux à l'idée que ses meules allaient enfin travailler. Pendant qu'il martelait la cheville qui retenait la vanne, il entendit qu'on passait sur son pont et il courut à la fenêtre de guet. Il vit le dos du guide Hessois et le visage de celui qui suivait et qui portait un bel habit de capitaine.
Bastian était comme tout le monde: il aimait Jeanne de Vandes, la douce providence du pays.
Le voilà donc qui laisse sa vanne et qui grimpe au Cloître par le sentier rocheux, où il n'y avait plus personne, car nous savons que le détachement allait un train de poste, et tous les soldats qui composaient le détachement étaient déjà passés de l'autre côté du pont. Bastian frappa à la maisonnette, où tout le monde était couché, sauf Jeanne de Vandes.
Elles s'endorment tard et s'éveillent matin, celles qui ont de l'inquiétude plein le cœur.
—Demoiselle, lui dit Bastian, vous allez être contente. Quelqu'un que vous aimez bien et qui était parti est revenu.
Jeanne ne demanda pas le nom de ce quelqu'un. Pour elle il n'y avait qu'un nom. Elle remercia Bastian, qui retourna à son ouvrage, et ce fut alors que le chevalier d'Assas entendit le moulin aller.