Où allait-elle par cette nuit mouillée et glacée, elle qui n'osait plus sortir le jour pour cueillir les derniers rayons du bon soleil d'automne?
Quelqu'un qui l'eût aperçue, glissant dans le noir avec sa robe blanche flottante, l'aurait prise pour une gracieuse vision.
Cherchait-elle son fiancé dans cette campagne solitaire où il avait dû passer, selon le témoignage de Bastian, mais où, certes, il ne pouvait l'attendre? Voulait-elle revoir le lieu où s'étaient échangées les dernières paroles?
À quoi bon scruter ce qui est insondable?
Il est des heures où nous marchons conduits par l'invisible main que bien des gens appellent encore la Destinée, et que d'autres adorent, le front dans la poussière, en lui donnant son vrai nom, terrible et doux, qu'il faut prononcer à genoux.
Elle allait où Dieu la menait, tout droit à la promesse faite au pied de l'autel, cette autre nuit qui avait vu le départ de son bien-aimé pour la guerre.
Elle allait, la fiancée du héros, à la gloire de ses noces immortelles...
Au haut de la coulée était l'ancienne loge du coupeur de bois, distante d'une cinquantaine de pas à peine de la clairière où se jouait, dans la nuit profonde, le drame muet dont nous avons vu le dénouement.
À cet instant même, le chevalier d'Assas arrivait au pied du chêne mort et s'arrêtait, après avoir constaté la disparition du guide.
Jeanne de Vandes, qui abordait la loge du côté opposé à la clairière, vit avec étonnement une lueur briller derrière les châssis désemparés de la masure. Il y avait là un hôte nouveau, qui remplaçait les anciens maîtres décédés.