—Oui, mais M. de Choiseul n'était pas encore ministre.
Dupleix se leva sans secours, et, à voir l'animation de son visage, personne n'aurait pu se douter qu'il avait eu quatre pouces de fer dans la poitrine.
—Quel homme! pensait Marais: il en sait sur le Ministère bien plus long que l'almanach du roi!
—Mon bon père, s'écria Mlle de Vandes, pas d'imprudence, je vous en supplie.
—Il n'était pas encore ministre! grommela Dupleix en se rasseyant docilement. Voyons, Nicolas, mon fils, cherche bien, retourne ta mémoire comme un gant: ne te rappelles-tu parmi tes anciens camarades aucun Choiseul, aucun demi-Choiseul? Quand ce ne serait qu'un quart de Choiseul!
—Ma foi, dit le chevalier, j'ai fait la maraude dans le Hanovre avec un dragon d'Aubigné qui avait nom Choiseul et qui était fils de M. de la Beaume...
—By Jove! s'écria Dupleix, et tu ne le disais pas! Il n'y a point de petit Choiseul!
Il atteignit précipitamment un carnet qui était dans la poche de côté de sa houppelande, et le feuilleta comme on consulte un vocabulaire.
—De la Beaume dit-il (André-Victor de Choiseul), ancien capitaine d'Aubigné-dragon... c'est bien cela, hé?... sera poussé dans la marine, est, en attendant, aux réponses, service de M. de Choiseul-Praslin du Plessis, brun, caractère aimable, 27 ans et des dettes.
De l'autre côté de la cloison, M. Marais s'était levé aussi dans un élan d'admiration.