Le chevalier rougit.
—Je vous prie de croire, continua M. de Choiseul, que mon intention n'a point été de vous reprocher vos visites quotidiennes et si longues à l'hôtellerie des Trois-Marchands. Je sais apprécier toutes les générosités du cœur et je me fais gloire des sentiments de bienveillance que m'inspira toujours un homme malheureux, rempli de bonnes intentions, qui a nui, c'est certain, dans une mesure assez considérable, aux intérêts de Sa Majesté; mais qui a cru bien faire et dont l'imprudente conduite a été peut-être trop sévèrement punie... non point par nous, chevalier, qui ne lui voulons que du bien, mais les événements dont nous ne sommes pas les maîtres. Vous avez compris que je fais allusion à votre protégé M. le marquis Dupleix.
Nicolas salua sans répondre. Ce qui le faisait muet, c'était l'étonnement. Jamais il n'aurait cru que le ministre connaissait si bien ses affaires, et encore n'était-il pas au bout de ses surprises.
—Quand vous désirez me voir, reprit, en effet, M. le duc, qui lui désigna enfin un siège d'un geste froid, mais bienveillant, vous n'avez pas du tout besoin de vous adresser à M. de la Beaume, ni de prendre tout autre circuit. Les parents de Madame la duchesse sont les miens et je les affectionne aussi sincèrement... Mais je crois vous l'avoir déjà dit. Vous pouvez, mon cher chevalier, me remettre le nouveau mémoire de M. Dupleix, qui est, je le suppose, écrit de votre main... Vous avez une fort belle écriture... Mais Sa Majesté compte sur vous pour tenir une épée et non pas une plume.
—Monseigneur... balbutia Nicolas.
—Ne prenez point ceci pour une récrimination, chevalier; vous avez, il est vrai, outre passé un peu le terme de votre congé, mais la campagne n'est pas ouverte, et je me chargerai volontiers de vous excuser auprès de vos chefs... Est-ce que vous n'avez pas sur vous ce mémoire?
—Si fait, M. le duc, dit Nicolas qui s'était docilement assis, mais qui semblait être en vérité sur un paquet d'épines.
—Donnez!
Nicolas donna. M. le duc prit le mémoire, et sa «bouche en cœur», dont M. de Richelieu, son ennemi par les femmes, se moquait si plaisamment, eut un sourire imprégné de mansuétude, pendant qu'il demandait:
—N'a-t-il pas une nièce?... j'entends ce brave M. Dupleix.