—Je supplie Votre Excellence, s'écria Nicolas, je la supplie, à mains jointes, d'avoir égard au travail que je lui ai remis. La lecture attentive de ce mémoire...
M. de Choiseul l'interrompit avec bonté et caressa de la main le cahier en disant:
—L'écriture en est remarquablement régulière.
—Veuillez ne pas vous irriter de ma hardiesse, Monseigneur, insista Nicolas, qui avait les mains jointes: vous avez là tous les éléments d'une réhabilitation éclatante, nécessaire; vous avez là les moyens de réparer une déplorable injustice...
M. de Choiseul se leva; jamais sa bouche n'avait été plus en cœur.
—J'aime, dit-il, ces vivacités d'expression chez les gens de votre âge. Un capitaine doit parler franc. Je suis enchanté de votre visite, et je vais écrire à l'excellent M. d'Assas, votre père, qu'il peut dormir tranquille.
Il tendit, ma foi! à Nicolas, qui s'était, bien entendu, levé en même temps que lui, sa main, qu'il avait courte, potelée et munie de très belles bagues.
—Au revoir donc, chevalier, dit-il, je vous promets de faire le nécessaire pour ce pauvre bon M. Dupleix. Mme la duchesse lui veut du bien, et chacun des désirs de Mme la duchesse est un ordre pour moi. Ne faites pas d'observations à la personne qui va vous prier de monter en chaise au sortir d'ici: c'est pour le service du roi.
Il sourit, tourna le dos et se remit à son bureau, pendant que Nicolas gagnait la porte, après s'être respectueusement incliné.