On aurait pu, je le crois, user de moyens moins cruels envers nous, mais n'oubliez pas ceci: la dureté apparente de Madame votre mère n'a d'autre origine que son affection pour vous. N'essayez pas de nous retrouver. Ce serait mal, et notre peine en serait aggravée. Entre vous et Jeanne ce n'était qu'une tendresse d'enfants. Vous oublierez. Adieu. Soyez bien heureux.
Note de Geoffroy.—Au-dessous de la signature qui suivait cette dernière ligne, il y avait encore une fois le mot: Adieu. Mais ce n'était pas la même écriture, et la pauvre petite main de Jeanne avait bien tremblé en le traçant.
Pièce numéro 20
(Écriture de Lucien Thibaut, très altéré, avec la mention: Pour Geoffroy. Sans date.)
Je viens d'être bien malade et pendant longtemps. Les médecins disent que c'est une fièvre nerveuse.
Cela fait souffrir beaucoup, mais les médecins se trompent. Ce ne sont pas les nerfs qui souffrent dans cette fièvre-là.
Jeanne! ma pauvre petite Jeanne! Voilà mon mal. Il est au cœur. Je souffre de ne plus la voir, de me sentir séparé d'elle à jamais.
Pas une lettre! pas un mot d'elle ni de sa mère! Je ne sais pas même où elles sont.
Sa mère disait: «Vous oublierez....» Si Jeanne allait m'oublier! Elle est si jeune! et il y en aura tant pour lui parler d'amour.
C'est pour le coup que je....