Note de Geoffroy.—Il y avait ici plusieurs lignes effacées, après lesquelles le même numéro continuait:

Se peut-il que ce bas monde contienne un homme si heureux que toi, Geoffroy? me voilà tout ragaillardi. Je viens de recevoir une lettre de toi. C'est de l'essence de gaieté. J'essaierai de la respirer quand je serai trop triste.

Autour de toi ce ne sont que sourires, joyeuses audaces, aimables aventures. Du haut de tes succès il faut vraiment que tu aies de l'affection pour moi puisque tu continues à m'écrire, à moi, obscur robin que tu dois croire engourdi dans l'assouplissement provincial.

Car tu ne sais même pas que je me sauve de l'engourdissement par le martyre.

Comme tu ris bien! de bon cœur et de tout!

Moi, je ne ris plus jamais, Geoffroy, et pourtant, dans ta lettre, il y a une chose qui m'a fait sourire, c'est le paragraphe où tu me reproches mon silence.

Mon silence! Je ne t'écris jamais, dis-tu? Malheureux! si tu recevais tout d'un coup toutes les mains de papier que j'ai barbouillées à ton intention! ce serait à submerger ta gaieté sous mes ennuis!

Te souviens-tu? j'étais fort pour tirer au mur à notre salle d'armes du collège. Je me confesse au mur en me confessant à toi, qui ne m'entends pas. Cela t'évite un chagrin, et pour moi, c'est peut-être plus commode....

Je suis chez ma mère à la campagne, sur la route d'Yvetot à Lillebonne. Mes deux sœurs se relaient auprès de mon chevet.

Tout le monde ici est très bon pour moi, mais le genre de bonté qu'on me témoigne implique un sentiment de protection. Dans ma famille, chacun me protège, mes sœurs aussi bien que ma mère, et les domestiques s'en mêlent à l'unanimité.