Notre vieille cuisinière met du sucre dans mes plats comme si j'étais un petit enfant.

J'ai dû très certainement, à la suite du coup de massue qui me terrassa à la ferme du Bois-Biot, donner quelques signes du mal mental auquel il a été fait allusion. Pendant plusieurs jours, je suis resté sans connaissance.

On me cache ces défaillances de mon cerveau, on me dit que j'ai eu le délire, mais j'ai conscience de m'être assis plusieurs fois moi-même à mon propre chevet, analysant avec une curiosité froide les symptômes de mon mal moral, me consolant, m'arraisonnant et me grondant.... Quittons ce sujet qui me donne le vertige.

On ne me cache pas tout, cependant. Ainsi, on me dit qu'en rentrant chez moi, après cette journée qui me broya le cœur, je trouvai ma mère qui m'attendait, et que je la maltraitai. Je n'en ai aucun souvenir, mais je m'en repens sur parole. On m'a pardonné.

On me dit aussi que j'envoyai des injures, avec un cartel en règle, à ce bon M. Ferrand, le président du tribunal, qui me l'a pardonné également.

Je lui sais gré de sa miséricorde, mais je ne me souviens ni du cartel ni des injures.

On me dit enfin que vers ce même temps, Olympe quitta Dieppe et le cercle brillant dont elle est la lumière pour me servir de garde-malade.

Le fait est que j'ai vaguement mémoire de l'avoir vue, plus belle que jamais, assise au pied de mon lit.

Il parait qu'elle a été bonne, empressée, ravissante de zèle charitable, et même....

Je peux bien être franc, puisque ma lettre ira où les autres sont allées: au mur.