M. Louaisot enfla ses joues et fourra son pouce dans l'entournure de son gilet, pour me regarder du haut de sa grandeur.

En somme, où tendait tout cela?

J'écoutais sans trop d'impatience ce débordement de paroles bavardes, parce que j'y cherchais un sens qui n'était pas celui des mots prononcés.

Mon instinct me disait que, sous ces verbiages, se dissimulait un but très habilement poursuivi.

Dans toute la vérité du terme, je me sentais enveloppé par une menace vague qui allait se resserrant sans cesse autour de moi.

Une fois ou deux, la pensée me vint que j'avais affaire à un maniaque, mais ce soupçon ne tint pas contre l'évidence qui naissait de mon émotion même.

Geoffroy, il faut me lire comme j'écoutais: entre les lignes et hors du texte. C'est sérieux. Je dirai plus: c'est peut-être mortel.

Il y a déjà du sang dans le passé, il y aura encore du sang dans l'avenir.

—Mon cher M. Thibaut, reprit Louaisot après un court silence, je vous étonnerais si je vous disais depuis combien de temps j'ai l'avantage de m'occuper de vous. M. Scribe a fait plus de cent comédies, c'était un homme de talent, moi aussi,—et je n'en ai fait, qu'une. Jugez si elle doit être bonne!

Quand j'étais tout petit, là-bas, au pays, j'entendis raconter une fois l'histoire d'un brave homme qui n'était pas cordonnier et qui vendit 300.000 paires de savates au gouvernement de l'empereur Napoléon 1er, roi d'Italie et protecteur de la Confédération germanique.