Quand M. Louaisot me quitta ainsi brusquement, je ne répondis pas à son salut et ne songeai même point à me retirer.
Tout ce qui m'avait été dit depuis deux grandes heures tourbillonnait autour de ma cervelle. L'impression que me laissait l'ensemble de l'entretien était menaçante à un point que je ne peux exprimer.
Il me semblait que le regard affilé de cet homme pesait comme un couperet sur mon front. Il y laissait une sensation de plaie vive.
Je restais assis à la même place. J'avais encore sur mes genoux la feuille pliée en quatre qu'il y avait posée. L'agenda, le protêt et la photographie avaient disparu: M. Louaisot les avait serrés ensemble dans un tiroir fermant à clé.
Non seulement l'idée de prendre connaissance de l'écrit de M. Louaisot ne m'était pas venue, mais je ne l'avais ni touché ni même regardé.
Ce qui m'éveilla, ce fut la sonore chanson de la Normande qui avait entonné le Sire de Framboisy dans l'antichambre, en battant le par-dessus de son maître, à grand fracas.
Concurremment avec le chant de Pélagie, mon oreille perçut alors le murmure d'une conversation vive et animée, mais qui très certainement n'était pas une dispute.
Elle ne ressemblait guère à mon entretien avec M. Louaisot: les répliques allaient et venaient comme un feu croisé.
Cette conversation ne se tenait point dans la pièce voisine. Je devais être séparé des interlocuteurs par deux portes dont une restait entrouverte.
Je ne distinguais, bien entendu, aucune des paroles prononcées, mais le timbre des voix m'arrivait assez net.