Mais il y avait quelqu'un à m'attendre. Je fus reçue par une femme jeune encore, très forte de taille et d'un joyeux caractère qui se dit envoyée par vous.
Tout de suite, je me dis ce doit être une bonne fermière des environs d'Yvetot.
Elle portait le costume des Cauchoises.
Je fus attristée par votre absence, mais rien de vous ne peut me blesser. Je ne conservais encore aucun soupçon. Je pris mon repas avec cette femme. Nos métayères mangent et boivent bien quand elles ont l'occasion. Je ne m'étonnai ni de son appétit ni de sa soif. Après le dîner, sa gaieté avait redoublé. Elle se mit à chanter des chansons qui n'étaient pas toutes de Normandie.
Je fus un peu choquée par certaines de ces chansons et aussi par quelques plaisanteries. Elle le vit et me dit:
—On est habitué au cidre chez nous, et peut-être que le vin de par ici aura tapé sous ma coiffe.
La chambre d'auberge était à deux lits. Elle ronfla dans l'un, je veillai dans l'autre.
Et quand je m'endormis, à la fin, je fis de beaux rêves.
Le lendemain, en s'éveillant, elle mit sur mon lit des vêtements qui n'étaient pas les miens, donnant pour prétexte que je devais éviter d'être reconnue.
C'était plausible. Les vêtements me semblaient pourtant d'une élégance un peu trop parisienne.